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Téo Lanfranca, un GI à la voile autour du monde

Publié le 22 mai 2017
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Téo Lanfranca, diplômé de Génie industriel en 2012, s’est lancé avec deux amis dans l'aventure Apprentis Nomades : un tour du monde à la voile audacieux, ponctué d’initiatives solidaires, environnementales et sportives. Leur but ? « S’émerveiller, trouver sa voie, donner envie ».

Soutenus par plusieurs partenaires, les Apprentis Nomades, composés de Téo, Julien et Norman, sont partis depuis le 16 juin 2016 de Dunkerque pour un voyage autour du monde, avec l'objectif de réaliser des « initiatives » à chaque destination qu’ils atteindront.






Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Apprentis Nomades c’est une association, un voilier robuste et 3 gars de 28 ans passionnés qui font le tour du monde par les Caps et à l’envers (d'Ouest en Est alors que le tracé classique parcoure le globe d'Est en Ouest) pour réaliser des dizaines d’initiatives solidaires, environnementales et sportives.


Comment avez-vous eu l’idée de vous lancer dans cette aventure ?
Nous sommes tous les 3 ingénieurs et travaillions à l’époque au Canada, aux Pays-Bas et en France. Nous aimions notre travail, pas de problème là-dessus. Cependant, un weekend à l’approche de Noël 2014, nous nous sommes retrouvés à 3 dans une voiture et avons commencé à parler de navigation, de voyage et de tour du monde. Nous ne connaissions rien à la navigation mais rien d’un tel projet ne paraissait impossible. Pourquoi ne pas tenter l’aventure si il y a une chance d’y arriver ?


Quelle a été votre préparation ?
La préparation à été intensive et sans ménagement au cours de l’année 2015 car nous travaillions encore à l’époque. Nous avons fait tout ce qui était possible pour apprendre la voile, se renseigner sur les voiliers et monter un projet qui nous permettrait de structurer cette aventure : Apprentis Nomades. Nous avons tout utilisé, la littérature, les stages, les conseils des marins que nous avons rencontrés, l’aide de nos amis … car les domaines de compétences que nous devions apprendre étaient très variés. Outre l’aspect de la navigation qui est déjà conséquent, il a fallu apprendre la mécanique des moteurs, le bricolage au sens large, la création d'un site internet, le montage vidéo, et bien sûr, il a fallu réunir des financements. Notre préparation ne s’est jamais vraiment terminée, nous en apprenons encore tous les jours à mesure que notre aventure progresse et c’est ce qui la rend si passionnante.


Conservez-vous une part d’imprévu ou avez-vous planifié votre voyage au maximum ?
C’est une très bonne question. L'imprévu, c’est ce qui fait l’expérience, les souvenirs, ce qui nous fait nous sentir en contact avec le monde. Faut-il pour autant ne rien prévoir pour vivre une aventure ? Pas pour nous. La navigation est un domaine très imprévisible et les dangers sont impardonnables. Nous avons très vite remarqué que même en planifiant et en sécurisant un maximum les risques, nous avions très largement notre lot d’imprévus et notre planning est constamment modifié. Nous avons une vision, une tendance mais nous vivons le reste au jour le jour.


Qui sont vos partenaires et que vous apportent-ils ?
Nous avons des partenaires entreprises et des partenaires associatifs. Les entreprises telles que Decathlon, Uship, Southern Ropes nous ont aidés à nous équiper en matériel et nous ont supportés financièrement en contrepartie de communication à travers Apprentis Nomades.

Les associations tels que Sail&Whale, Voiles Sans Frontières, Kids Network travaillent avec nous sur nos initiatives. Elles nous apportent souvent une expertise de confiance dans leur domaine de compétence. Ainsi, nous pouvons réaliser des initiatives ayant un réel impact et répondant à un besoin avéré lors de notre passage dans les différents pays.

Notre projet commence à prendre de l’ampleur, bientôt 3000 personnes nous suivent sur Facebook et nos initiatives deviennent de plus en plus sujettes à la réalisation de documentaires. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires entreprises pour pouvoir aller plus loin dans cette aventure, avoir de nouvelles idées d’initiatives et se donner les moyens de les mener à bien. N'hésitez pas à nous contacter si notre aventure vous intéresse !


Pouvez-vous nous parler des initiatives que vous avez déjà réalisées ?

Les thèmes des initiatives ont été bien choisis. Jusqu'à présent nous en avons réalisé 6 et elles sont toutes à nos yeux sources d'apprentissage et porteuses pour la suite du projet. Nous y avons mis toute notre énergie et les retours positifs que nous avons nous encouragent à poursuivre.



Kids Connection - Initiative sociale : Croire en ses rêves et les atteindre à force de motivation. C’est ce qui nous a permis de créer et vivre l’aventure Apprentis Nomades. Nous avons voulu partager ceci avec l’ancienne classe de l’école primaire de Julien à Sangatte. La curiosité et la spontanéité des élèves nous a prouvé l'intérêt de cet échange et l’ouverture d’esprit que cela peut apporter.

Irish ballad - Initiative sportive : Comment, en tant que débutants, envisager sereinement un tour du monde d’Ouest en Est sans s'entraîner avant ? Le bateau en est-il capable ? C'est pourquoi nous avons navigué 3 semaines vers le sud de l’Irlande avec beaucoup de vent de face et une mer très agitée. Autant dire que nous n’avons pas été déçus. Le bateau a été testé, nous avons troué notre Grand Voile, cassé notre étai largable et notre vit de mulet d’artimon. Notre endurance a également été éprouvée. Une escale en Bretagne nous a permis de faire beaucoup d’ajustements, de réparations et de préparations supplémentaires. L’initiative Irish Ballad était incontournable.

Project ARGO - Initiative environnementale : Mettre notre expédition à disposition des secteurs de recherche dans lesquels nous croyons est important pour nous. Nous avons largué une balise scientifique de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) qui va effectuer des relevés de température, de pression et de salinité en dérivant dans l’Atlantique Nord, dans le cadre d'un programme initié par l’UNESCO. Actuellement, 3000 flotteurs sont répartis dans le monde et fournissent des données “open source” pour la communauté scientifique mondiale. Cela permet entre autres de suivre l’évolution du réchauffement climatique.

Sine Saloum Playground - Initiative sociale : Pour répondre à un besoin qui nous a été communiqué par l’association Voiles Sans Frontières, nous avons construit une aire de jeux en matériaux locaux et recyclés, pour un jardin d’enfant d’un village isolé du fleuve Sine Saloum au Sénégal. Il s'agit d'un modèle durable et duplicable par les habitants.

Sail with us - Initiative sociale : Après plus de six mois de vie de nomades, de marins, d’aventuriers, comment ne pas avoir envie de partager ce que nous vivons tous les jours ? Notre longue escale au Cap Vert a été l’occasion idéale de faire venir nos proches sur notre voilier, La Julianne, de leur faire découvrir la vie de nomade et de les initier à la grande croisière.

Double Atlantic Crossing - Initiative sportive : Apprentis Nomades fait enfin face à un challenge de navigation reconnu dans le monde de la voile. Ce challenge, c’est la traversée de l’Atlantique Sud sans escale, du Cap-Vert à l’Afrique du Sud, vers le Cap de Bonne-Espérance. Cela représente 53 jours en mer et l’équivalent de 10 000 km. En accomplissant cette traversée, nous avons confirmé que La Julianne et son équipage avaient le potentiel et l’envie de faire un tour du monde dans les mers du Sud et par les Caps.


Quelles sont vos prochaines initiatives prévues ?
Nous prévoyons d’apporter notre aide à l’association Eden Project qui gère des projets de reforestation et d’éco-tourisme dans la région de Mahajunga à Madagascar. Nous allons ensuite réhabiliter une bibliothèque dans une école primaire dans la région de Mpumalanga en Afrique du Sud. Enfin, nous sommes à la recherche d’un projet scientifique que nous pourrions mener aux îles Kerguelen en début d’année 2018.


Combien de temps durera votre voyage ? Comment avez-vous prévu de subvenir à vos besoins pendant cette période ?
Notre voyage avait une durée initialement prévue de 3 ans, mais nous pensons de façon plus réaliste qu’il durera 5 ans pour plusieurs raisons. Nous cherchons de plus en plus à effectuer des initiatives conséquentes là où nous nous trouvons et ainsi le temps passé sur place est important. Ensuite, les saisons des cyclones sont très contraignantes et nous risquons pour cette raison de rencontrer des difficultés pour la navigation dans l’hémisphère Sud. Finalement, en plus du soutien financier qui nous avait été apporté par la campagne de crowdfunding et par nos sponsors, nous avons besoin de travailler pour pouvoir subvenir à nos besoins. Nous ferons donc une escale à Madagascar dans la région de Nosy Be pour y trouver du travail.


Avez-vous acheté le voilier sur lequel vous naviguez spécialement pour cette aventure ?
Oui nous l’avons acheté, quatre mois après avoir eu l’idée de cette aventure. C’est un Ketch en acier des années 80. Une construction robuste et fiable à un coût bien plus abordable que les constructions actuelles. Maintenant que nous avons passé le Cap de Bonne-Espérance avec ce voilier, nous pouvons dire que nous ne nous sommes pas trompés. C’était un acte audacieux à l’époque mais nécessaire pour garder la courbe d’apprentissage la plus raide possible. Cela fait partie des investissements personnels que nous avons faits. Aujourd’hui, ils représentent encore 80% de notre budget global. Nous avons mis absolument toutes nos économies dans ce projet mais cela permet d'enrichir l’aventure en adrénaline, et nous force à rester humbles et attentifs.


Avez-vous rencontré des difficultés, que ce soit lors de la préparation de votre voyage ou une fois partis à l'aventure ?
Nous en avons rencontré beaucoup. Nous étions débutants dans quasiment tous les domaines que nous avions à maîtriser, notamment en navigation et en mécanique. Les prises de décisions sont extrêmement difficiles du fait de l’enjeu qu’elle représentent mais aussi du manque d’information et de connaissances que nous avons. Le milieu de la voile est très technique mais aussi très superstitieux, il nous faut ainsi sans arrêt nous faire notre propre opinion sur ce que les gens racontent.

Pour les difficultés plus techniques, nous avons rencontré du mauvais temps à plusieurs reprises qui a parfois cassé du matériel, ce qui nous a forcé à faire des réparations de fortune en mer. Nous avons aussi eu à faire des réparation conséquentes au Cap Vert. Nous avons littéralement découpé un bout de notre coque pour la ressouder dans l’axe du bateau. La météo nous oblige également à faire des choix de navigation compliqués. Un cyclone nous a notamment chassé de l’île de Florès aux Açores alors que nous étions en plein tournage d’un documentaire sur les baleines.


Quels sont vos projets à l’issue de cette aventure ?
Nous faisons cette aventure pour stimuler notre potentiel, élargir notre champ des possibles et faire des rencontres intéressantes. Aujourd’hui, il est encore tôt pour savoir ce que nous ferons à l’issue de cette aventure mais, si je peux le formuler ainsi, nous sommes de plus en plus à l’aise avec l’idée de ne pas savoir.


Vos études d’ingénieur vous ont-elles aidé dans ce projet ?
Tous les jours. Notre expérience et notre organisation d'ingénieurs nous ont permis d'acquérir un grand nombre de compétences en très peu de temps. Dans tout projet entrepreneurial, qu’il soit associatif ou professionnel, il est très important de formuler une vision claire et de favoriser le fond avant la forme. Les notions de risque, de priorité, de timing sont très importantes. Et bien évidemment, beaucoup de problèmes techniques, de météo ou de navigation s’appréhendent avec une démarche logique.


Qu’avez-vous à dire à ceux qui hésitent à se lancer dans une telle aventure ?
C’est bien d’hésiter, ça veut dire qu’on se pose des questions. Mais il faut savoir que toutes les questions n’auront pas de réponse ; pas sans faire le premier pas. Partir à l’aventure, c’est comme créer son entreprise. Il faut y croire. La découverte des solutions se fait souvent face aux problèmes. Il faut donc réussir à lâcher prise sans pour autant baisser la garde. S’il y a une chose que nous avons apprise grâce à Apprentis Nomades, c’est qu'il ne faut pas regretter de s'être lancé dans une aventure, même si elle n'aboutit pas.


Si vous voulez en savoir plus sur l'aventure des Apprentis Nomades, visitez leur site internet ou leur page Facebook !

 


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Rédigé par Pauline Mouton

mise à jour le 22 mai 2017

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