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L'enseignement de la science économique à l’école de Génie industriel

Mis à jour le 5 novembre 2010
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Pourquoi ? Quoi ? Comment ? Bernard Ruffieux, directeur du laboratoire GAEL et enseignant-chercheur à l'école Génie Industriel décrit l'apport des sciences économiques dans la formation des ingénieurs

La science économique : une discipline source pour le génie industriel Les questions ne manquent pas pour l'économiste à Génie industriel ! Comment responsabiliser et inciter les membres d'une équipe à tenir les délais d'un projet ? Comment arbitrer, en conception, entre une baisse des coûts et une performance accrue d'un produit, en tenant compte à la fois de la demande et de la concurrence ? Comment répartir les risques industriels dans un contrat de coopération entre entreprises ? Quand s'en remettre aux marchés pour sécuriser les approvisionnements plutôt qu'à des contrats de long terme ? Comment choisir une technologie plutôt qu'une autre quand les prix des intrants sont d'une grande volatilité ? Comment éviter de signer un contrat qui limite les capacités d'innovation à venir ? Sur quel critères évaluer une équipe, un atelier de production pour que la maintenance des machines soit aussi performante que la qualité et les délais de fabrication ? La contribution des économistes à ces questions, comme à des centaines d'autres qui intéressent le génie industriel, est majeure. Il suffit pour s'en convaincre d'évoquer quelques outils de la discipline : théorie de l'agence pour traiter des contrats incitatifs, théorie du signal pour traiter les problèmes de qualité sur les marchés, théorie des jeux pour analyser la stratégie des entreprises, théorie du design des marchés pour mettre au point les marchés complexes en B2B d'aujourd'hui, actifs spécifiques pour traiter la question du make or buy et des frontières verticales des entreprises, théorie des externalités pour traiter des enjeux d'environnement ou de droits de propriété. Si les problèmes sont en nombre infini, les outils, les modes de raisonnement, les concepts se regroupent en un corpus limité et accessible. En effet, la théorie économique des organisations et des marchés, c'est un de ses intérêts pour l'ingénieur, a fait de grands efforts ces années récentes pour rassembler ses outils et les mettre en cohérence. Le corpus utile est assimilable dans les trois années d'étude de génie industriel. Comment enseigner l'économie à des élèves ingénieurs ? Concrètement, l'économie pour le génie industriel, ce sont deux branches spécifiques de la microéconomie : l'économie des organisations et l'économie des marchés. Dans la classe, l'économie s'enseigne à plusieurs niveaux et ces niveaux sont complémentaires. A un élève sortant des classes préparatoires, il est d'abord facile d'enseigner l'économie formelle. C'est alors la mathématique des comportements rationnels lorsqu'ils sont à la recherche de l'efficacité collective. On part d'hypothèses d'agents rationnels, égoïstes et opportunistes (Homo Oeconomicus), on élabore des modèles organisationnels sur cette base, on construit des théorèmes. Les théories des jeux, du risque et de l'assurance, de l'information et des incitations, de la concurrence parfaite et imparfaite, sont ainsi des briques qui peuvent s'apprendre sur ce mode formel et abstrait. Mais les champs de l'économie et du génie industriel ne sont pas ceux de la physique. En économie, la distance entre les modèles théoriques et la réalité est immense. Négliger cette distance, comme on le fait souvent en physique newtonienne par exemple, n'a pas de sens en économie. Appliquées par exemple hâtivement aux relations industrielles, les conclusions des bases de la théorie des jeux non coopératifs conduiraient à des décisions court-termistes et dangereuses. Faire abstraction des motivations intrinsèques des salariés - pensons à l'amour du travail bien fait - peut être inutilement coûteux en gestion des ressources humaines. Anticiper les préférences des consommateurs réclame une dose de psychologie plus importante que celle qu'incorporent les modèles de base. Ainsi à Génie industriel, complète-t-on dès la première année les modèles formels et rationnels, avec une dose importante d'économie comportementale fondée sur des observations nombreuses et subtiles. Enfin, les questions économiques que pose le génie industriel sont, pour les élèves, des questions difficiles. Souvent, notamment en première année, les questions sont plus difficiles à comprendre que les réponses ! Ainsi par exemple, pour un élève sortant des classes préparatoires, comprendre les difficultés en supply chain de la synchronisation des milliers de tâches complémentaires, en information incomplète et distribuée, par des agents aux motivations contradictoires, voire en conflits d'intérêts directs, tout cela dans une urgence généralisée ... ce n'est pas si facile ! Un exemple : découvrir en jouant la concurrence et la fonction des prix   Les économistes de Génie industriel, notamment en recourant à l'outil expérimental, peuvent faire des mises en situation individuelles et collectives qui permettent de faire goûter aux élèves tous les enjeux de ces questions, en même temps qu'ils découvrent les moyens de leurs résolutions. Prenons un exemple de toute première semaine de première année à Génie industriel. Questions :
  • A quoi servent les prix pour le génie industriel ?
  • Comment ces prix sont-ils définis le long des supply chain et sur les marchés finals ?
  • Existe-t-il quelque chose comme un bon prix ?
  • Comment bien décider dans l'entreprise dans un univers de prix à l'amont et à l'aval ?
Voici des questions aussi essentielles que difficiles. A Génie industriel, on les découvre d'emblée, dès les premières semaines, selon les trois approches de la discipline dans l'école : les modèles abstraits, les cas industriels exemplaires et l'expérimentation directe en laboratoire. Qu'est-ce à dire sur ce dernier point ? Durant les travaux dirigés, on crée un marché de toute pièce, comme, dans d'autres cours, on crée un prototype en conception. Chaque élève a un rôle : il est acheteur, vendeur, trader, ses coûts et ses valeurs sont contrôlés, différents pour chacun, ignorés des autres. Les règles de marché sont plus ou moins contraignantes et définies. L'objectif est clair : gagner de l'argent. Si le marché est efficace, tous ne vendront pas. Il faudra penser à produire autre chose. Quand l'expérience est terminée, l'élève a compris ce qu'est la fameuse main invisible d'Adam Smith, comment elle agit - plus ou moins bien - et à quoi elle sert. Il a compris aussi la difficulté de la remplacer par un acteur centralisé : un manager par exemple. Il entrevoit les difficultés de la coordination. Il commence à comprendre le rôle central de la concurrence dans l'efficacité. Au cours des semaines suivantes, on traitera, avec des méthodes similaires, de la décision face au risque, des arbitrages inter-temporels, de la délégation d'activités, de manœuvres stratégiques d'investissement, etc. Ensuite, en deuxième année, on passe aux applications : design des organisations, globalisation des processus, etc. En troisième année on choisit : approfondir la théorie des jeux comportementale, se frotter aux modèles d'économie industrielle. La distance aux autres disciplines se réduit dans les cours de management stratégique ou d'éthique d'entreprise. ---- Lire un seul livre d'économie, pour commencer, quand on n'a pas fait GÉNIE INDUSTRIEL ? John Roberts, The Modern Firm. Organizational Design for Performance and Growth, Oxford University Press, 2008. Contact Bernard Ruffieux : Bernard.Ruffieux@grenoble-inp.fr Iragaël Joly : iragael.joly@grenoble-inp.fr  
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Grenoble INP Institut d'ingénierie Univ. Grenoble Alpes