La mobilité internationale est souvent envisagée comme une parenthèse académique, un temps de rencontres et d’échanges ponctuels.
Lorsqu’elle s’inscrit dans une trajectoire de coopération de long terme, elle devient toutefois bien davantage : un outil structurant pour la recherche, la formation et l’internationalisation des institutions.
Le séjour réalisé à l’occasion d’un CRCT (Congé pour Recherche ou Conversions Thématiques) par Guillaume Thomann, enseignant-chercheur à l’école Grenoble INP – Génie industriel, UGA et au laboratoire G-SCOP illustre pleinement cette dimension transformatrice.
Un séjour de 3 mois et demi de septembre à décembre dernier au sein de l’Université Fédérale de Paraíba (UFPB), dans le cadre du programme Paraíba sem Fronteiras – Professor Visitante Estrangeiro.
Une coopération ancrée dans le temps
Cette mobilité dans la ville de Joao Pessoa s’inscrit dans plus de quinze années de relations académiques entre la France et le Brésil, construites notamment à travers le programme BRAFITEC, des co-encadrements de thèses (sandwich , cotutelle et doctorats complets), ainsi que de nombreuses missions scientifiques.
Coopérations pour lesquelles Guillaume Thomann a fortement œuvré en tant que référent Brésil au sein de Grenoble INP pendant de nombreuses années puis référent Amérique latine depuis 2024. Revenir à l’UFPB n’était donc pas pour lui une découverte, mais une étape supplémentaire dans un processus de consolidation et d’élargissement des coopérations existantes.
L’objectif du séjour était clair : contribuer activement à l’internationalisation des formations et de la recherche du Centre de Technologie (CT) de l’UFPB, en particulier au sein du Programme de Pós-Graduação em Engenharia de Produção e Sistemas (PPGEPS), tout en favorisant l’émergence de nouvelles dynamiques interinstitutionnelles et interdisciplinaires.
Une dynamique scientifique riche et structurante
Dès les premières semaines, le séjour s’est traduit par une activité académique intense : conférences plénières, séminaires, mini-cours, workshops, participations à des congrès nationaux et internationaux, ainsi que de nombreuses réunions de recherche.
Ces échanges ont nourri la rédaction et la publication d’articles scientifiques conjoints et renforcé l’accompagnement d’étudiants de master, de doctorat et d’initiation scientifique.
Parmi les résultats les plus marquants figure la création du groupe de recherche FITSEA Nordeste, réunissant des chercheurs de l’UFPB, de l’UFPE (Universidade Federal de Pernambuco) et de l’UFCG (Universidade Federal de Campina Grande).
Ce collectif interdisciplinaire (Design, Architecture, Mécanique, Kinésithérapie, Ergothérapie, …) explore le développement d’aides techniques personnalisées, à l’interface de l’ingénierie, du design, de l’architecture et des sciences de la santé, en mobilisant des approches de conception centrées utilisateur, de simulation numérique et de prototypage.
En parallèle, un projet de recherche international a été élaboré afin de renforcer les liens entre le laboratoire G-SCOP, les formations de Master recherche de l'école Génie industriel et le programme PPGEPS de l’UFPB. Cette initiative ouvre des perspectives concrètes en matière de co-encadrement d’étudiants de thèses et de Master, de projets postdoctoraux et, à plus long terme, de structuration de programmes internationaux conjoints de recherche.
Regards croisés sur les systèmes universitaires
Cette immersion prolongée dans le contexte universitaire brésilien a permis de porter un regard comparatif sur les modes d’organisation de la recherche en France et au Brésil.
Les différences sont nombreuses : modalités de financement, critères d’évaluation académique des programmes et des personnels, reconnaissance des activités d’extension universitaire ou encore conditions matérielles de travail.
Un constat s’impose néanmoins avec force : la qualité scientifique des chercheurs brésiliens est indéniable. Leur engagement, leur créativité et leur volonté de coopération internationale contrastent parfois avec les moyens limités dont ils disposent. Dans ce contexte, la maîtrise de la langue portugaise s’est révélée être un facteur déterminant pour une intégration pleine et entière aux communautés scientifiques.